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Et vous… Quel zèbre êtes vous?

Comment arrêter de s’autoflageller? Quand nous nous sentons coupables, c’est parce que nous aimons penser que le résultat d’un événement dépendait de nous. La première chose à faire est alors de renoncer à notre fantasme de toute-puissance.

Les phases du couple

 EtapeThèmeDevoirsAttitudesAffectionAttentesPerceptionsProblèmesChangement

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Enthousiasme (lune de miel)La fusionS’occuper l’un de l‘autre. Les bases pour être bien ensemble et avoir une belle sexualité sont posées. Développer un sentiment d‘unionNous sommes identiques, de la même planète. J’ai besoin de toi. Donner et recevoir avec facilité.Passion. Romantisme. Affolement. Totalement amoureux. Beaucoup de contact visuel et physique.„Tu t’occupes de la satisfaction de mes besoins, pour l’accomplissement de mes veux et de mon bonheur. “„Tu es parfait. Tu es à moi. Je suis à toi. “Si l’un des deux se précipite en voulant avoir plus de liberté pour le travail ou pour être avec des amis, alors un mécontentement arrive : Il ne comprend pas, pourquoi le partenaire voudrait être avec qqn d’autre.Les partenaires commencent à comprendre qu’ils ne sont pas complètement identiques.
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AttentesCompromisLâcher le lien avec les parents. Définir des limites claires et faire croitre l’estime de soi« Tu as changé » « Tu me fais mal. » « Tu ne satisfais plus mes exigences. »Déception. Tension. Conformisme. Recherche d‘harmonie. Le désir de se sentir proche de l‘autre, avec l’incapacité de le connecter.« Tu dois me rendre heureux. » La proximité, le sentiment d‘union et l’intimité reculent devant les impératifs du quotidien.« Tu changes. » « Qu’est-ce que je fais du vide? »Si les partenaires sont sur différents niveaux de compréhension, ils ne doivent pas toujours tout faire ensemble et ressentir la même chose. Alors l’un se sent probablement délaissé. Le couple doit subir des activités individuelles et se régaler du temps en commun.Discernement et acceptation de la différence des deux partenaires
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3

Lutte de pouvoirContrôleDéveloppement de stratégies pour résoudre les problèmes. Décisions et négociations commencent. Prendre la responsabilité de ses propres idées, sentiments et actes. Donner du support pour le développement du partenaire.« Si tu ne veux pas ce que moi je veux, alors je vais te quitter. »Écartèlement. Méfiance. Colère. Accusations.  Polarisation. Confrontation.« Pourquoi tu ne me rends pas heureux? » Les deux partenaires ont une idée fixe de comment l’autre devrait être. Les deux ont peur de perdre du terrain. « Elle veut me manipuler. »  « Il ne comprend pas que j’ai aussi raison. »„Tu es comme ma mère / mon père. Tu ne m’aimes pas, Tu es égoïste, tout tourne autour de toi. »La lutte de pouvoir peut être acharnée. Les partenaires se perdent en schémas d‘accusation: « tu oublies toujours… »  « Elle/ Il… toujours. » « Les deux partenaires souffrent et ressentent un stress atroce. »S’avouer le besoin de contrôler l‘autre. Définir des propres positions. Se rapprocher à petits pas pour retrouver la connexion. Le couple recommence à parler plus ensemble. On se donne de la peine pour comprendre l’autre et ses sentiments: « Je sais que tu souffres, mais … »  Possibilité de comprendre que les conflits reflètent les conflits non-résolus avec les parents.
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La 7e année. Année maudite (Qu’importe l’âge réel du couple)ConcurrenceSe développer individuellement et voir le partenaire comme une personne autonome.« Qui suis-je? » « Est-ce que je pourrais aussi vivre sans elle/ lui? » «  Je veux être moi-même »Attaques et fuites. Humeur querelleuse et distance.« Je suis capable de m’occuper de mon bonheur. » « J’ai besoin d’avoir du temps et de la place pour moi. »« Je m‘aime. »La lutte d’indépendance marque un changement important. Une séparation à ce stade n’est pas obligatoirement définitive. L’un ou les deux commencent des activités extérieures, s’orientent vers l‘extérieur au lieu de s’orienter vers l’intérieur. Cela pour boucler le processus d’individuation.Acceptation du fait que chacun des 2 partenaires doit assouvir ses propres besoins et être responsable de ses limites. Les besoins et vœux sont communiqués plus ouvertement. Les partenaires décident de résoudre la problématique de l‘indépendance à l’intérieur de la relation.
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RéconciliationCoopérationDévelopper une image claire de soi-même. Comprendre, que la quête d’indépendance est normale. Prendre la responsabilité de ses besoins. Développer un contact ouvert et honnête envers le partenaire. Cela mène automatiquement à plus d’intimité.« Je comprends petit à petits mes conflits intérieurs. » Réconciliation. Comprendre qu’on n’est pas dépendent l‘un de l’autre. Il n’a y pas de devoir d’être conforme aux exigences de l‘autre. Accepter les parties en soi qui veulent quand même lui plaire.« Tu as tes conflits, moi j’ai les miens. » « Je ne peux pas te changer, toi non plus. »Le couple doit lutter pour arriver à une identité du couple. Les partenaires découvrent probablement des conflits non-résolus de leurs parents qui sont encore actifs.Prendre les conflits et différences de points de vue pour apprendre quelque chose sur soi-même. Comprendre que la différence est un cadeau et pas un danger. Les hauts et les bas de la vie de couple deviennent plus prévisibles.
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6

AcceptationCollaborationStabiliser l’image de soi et du partenaire. Décider consciemment de continuer la relation.  Porter la responsabilité de satisfaire ses besoins soi-même. Soutenir le partenaire dans ses points forts et ses réussites« Je te voie comme tu es. » « Les partenaires se connaissent eux même et apprécient d’être ensemble. »Acceptation de l‘autre. Beaucoup de chaleur.« Je m’occupe de mes besoins, toi des tiens. »Nous pouvons être seuls et ensembles sans perdre notre identité. Un temps de développement personnel intense. Pas besoin d’investir beaucoup d’énergie dans le couple.Résolution immédiate des conflits par la négociation.Reconnaitre et accepter la dépendance dans la relation.

Ateliers d’art thérapie à Uzès

L’art des blasons, héraldique et symbolique, permet de :

  • se retourner sur son chemin de vie
  • en découvrir les moments clés
  • déterminer son héritage familial et trans-générationel
  • qui nous sommes et pourquoi
  • faire le tri en se libérant de nos croyances enfermantes et/ou toxiques pour notre bien-être

Bref, découvrir notre essentiel et faire émerger l’essence de notre être.

Ce travail sur soi se fait de manière ludique, dans la détente par différentes techniques : la peinture, le découpage, l’écriture, la musique et le logos.

Eduquer la métacognition, la clé du succès pour les enfants!

Cerveau & Psycho N° 105 – Décembre 2018 p82 à p85                                                                                                           VIE QUOTIDIENNE L’école des cerveaux

JEAN-PHILIPPE LACHAUX

Directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

 

ÉDUQUER LA MÉTACOGNITION, LA CLÉ DU SUCCÈS POUR LES ENFANTS !

Savoir se fixer un but, planifier les étapes pour y arriver, prendre conscience de ses propres pensées et émotions, tout cela s’entraîne par des méthodes aujourd’hui validées.

 

Dans le cerveau, les fonctions exécutives désignent un ensemble de processus permettant d’éviter que notre comportement ne soit une simple succession de réactions réflexes à notre environnement. Les fonctions exécutives permettent de se fixer un but et de l’atteindre en ayant envisagé une suite d’étapes ; de réfléchir à la meilleure manière de manipuler une machine à laver dans des escaliers sans se blesser, ou encore de rester concentré jusqu’au bout d’une explication compliquée dans une salle de classe agitée. Elles constituent le fondement de ce qu’on appelle couramment le contrôle de soi – le contrôle de ses gestes, de ses émotions et plus généralement de sa propre vie mentale – et elles impliquent majoritairement le cortex préfrontal, manifestement plus développé chez l’homme que chez le cochon d’Inde.

 

LA MÉTACOGNITION, PREMIER FACTEUR DE SUCCÈS

Sachant cela, on ne sera pas étonné d’apprendre que l’efficacité des fonctions exécutives d’un enfant prédit mieux encore que son QI ou le statut socioéconomique de sa famille, quelles seront sa réussite professionnelle, sa santé et sa qualité de vie une fois adulte. Elles constituent donc naturellement une piste privilégiée pour quiconque veut développer son potentiel d’être humain, et tout système éducatif devrait à l’évidence compter le développement des fonctions exécutives de l’enfant parmi ses objectifs principaux ; ce qui amène immédiatement la question suivante : comment améliorer les fonctions exécutives des élèves?

Adele Diamond, professeure de neurosciences cognitives du développement à l’université de Vancouver, a consacré l’essentiel de sa carrière à explorer cette question et elle a récemment publié avec sa collègue Daphné Ling une revue qui dresse une liste assez exhaustive des différentes voies déjà explorées pour améliorer les fonctions exécutives des enfants et testées scientifiquement. On découvre une très grande variété d’interventions, allant de la pratique des arts martiaux à la course à pied, en passant par le théâtre, la méditation ou les jeux vidéo. L’idée derrière tout cela est celle de la contagion : une activité qui sollicite les fonctions exécutives (le théâtre apprend à mémoriser, à planifier ses actions, à s’adapter à l’environnement; les arts martiaux apprennent le contrôle et l’inhibition) devrait logiquement les renforcer de façon générale, de sorte qu’elles seront plus facilement mobilisables dans d’autres contextes comme à l’école, par exemple. Cela est-il le cas?

En réalité, les choses ne sont peut- être pas aussi simples, sans quoi l’enseignement traditionnel devrait suffire largement, puisque les activités qu’il propose sollicitent pour la plupart ces fonctions, et à raison de plusieurs heures par jour. Il manque donc un ou plusieurs ingrédients essentiels, que Diamond et Ling ont tenté d’identifier.

 

CAPITAL : APPRENDRE À VERBALISER SES ACTIONS MENTALES

Elles rappellent d’abord, au risque du truisme, qu’un entraînement des fonctions exécutives n’est efficace que si la personne qui dispense et supervise cet entraînement l’a bien compris et intégré, qu’elle soit convaincue de son efficacité et soit en outre capable de communiquer un certain enthousiasme : la récitation scrupuleuse et sans âme d’un manuel ne semble pas produire de résultats très probants. Attention donc à ne pas imposer aux enseignants un programme venu « d’en haut » avec un mode d’emploi truffé d’injonctions : mieux vaut se limiter dans un premier temps à quelques formateurs motivés et ouverts à la remise en question de leurs pratiques pédagogiques, en misant sur le temp long et sur un effet boule de neige pour une «contamination par l’exemple».

D’autres critères émergent des quatre-vingt-quatre études sur lesquelles s’appuient Ling et Diamond. Notamment, il faut accepter que l’intervention prenne du temps au quotidien, et qu’elle imprègne tout l’enseignement. Les compétences exécutives ne s’apprennent pas d’un seul coup, comme on apprend que le verbe finir est du deuxième groupe. Il n’existe pas de potion magique pour développer ses fonctions exécutives, pas plus que pour apprendre à jouer du violon: il s’agit d’un projet global, au long cours. Diamond et Ling citent plusieurs exemples de programmes qui n’ont pas donné de résultats probants tant qu’ils étaient enseignés « à part », même à raison de une heure chaque jour. À chaque fois, ce n’est que lorsque les pratiques enseignées dans ces programmes ont commencé à être utilisées régulièrement, tout au long de la journée et de la semaine, que les élèves ont réellement progressé. Le principal exemple cité est un programme inspiré des travaux du psychologue russe Lev Vygotsky et appelé «Tools of the Mind» qu’Adele Diamond a été amenée à tester elle-même : ce programme insiste particulièrement sur le rôle fondamental de l’intention de l’enfant, et l’incite à verbaliser ce qu’il s’apprête à faire avant d’aborder une activité, ce qui se prête bien à une pratique récurrente tout au long de la journée. Par exemple, en situation de classe, lorsque l’enfant s’apprête à réaliser une opération mentale, il s’agira de l’amener à expliciter son intention (j’essaie de multiplier 12 par 4), puis à prendre conscience des étapes de son raisonnement (je multiplie d’abord 2 par 4, je mémorise le résultat, puis je multiplie 10 par 4, et je l’ajoute aux résultats suivants). Les fonctions exécutives s’apprennent au fil du temps, par la répétition de situations qui leur posent un léger défi, pas trop élevé. On retrouve le concept cher aux pédagogues de « zone proximale de développement»: demander à l’enfant toujours un petit plus que ce qu’il sait faire.

Les observations de Diamond et Ling indiquent également qu’il serait nécessaire d’éduquer les fonctions exécutives à travers des activités variées, proches de celles que l’enfant réalise au quotidien. Ainsi, les entraînements de type «entraînement cérébral pour muscler son cerveau», où l’enfant s’entraîne tous les jours avec un jeu vidéo conçu pour mettre spécifiquement en jeu une fonction exécutive (la mémoire de travail par exemple), ont montré leurs limites en termes de transfert à la vie quotidienne. Les enfants améliorent sans aucun doute leur score au jeu, mais sans réel bénéfice dans d’autres tâches quotidiennes qui nécessitent pourtant cette même compétence cognitive. Il faut multiplier les approches, en leur faisant réaliser des recettes de cuisine, par exemple, qui développent aussi la mémoire de travail (combien d’œufs et combien de farine pour la pâte, tout en cherchant les ustensiles…).

 

L’IMPORTANT EST DE COMPRENDRE QUELLES STRATÉGIES ON UTILISE…

Dans les quelques cas où des transferts ont été constatés entre un entraînement isolé et d’autres situations par exemple scolaires, il semble que l’enfant ait été aidé d’un adulte pour analyser sa stratégie gagnante et y identifier des composantes cognitives communes avec le travail scolaire. C’est ce qu’on appelle un accompagnement métacognitif : faire découvrir et comprendre à l’enfant les « gestes mentaux » qu’il doit utiliser pour résoudre un problème, dans un jeu vidéo ou dans la vraie vie, et lui permettre de les reconnaître dans d’autres situations. Par exemple, l’enfant qui aura pris l’habitude de produire des images mentales internes pour mieux évoluer dans un jeu vidéo, s’il se rend compte de la stratégie adoptée, pourra l’utiliser dans la résolution d’un problème de géométrie. De même, l’enfant bien guidé lors d’un entraînement de course à pied pourra répondre à la question de l’entraîneur: « Que t’est-il arrivé après le premier kilomètre ? » par une analyse du type : « J’étais épuisé, alors je me suis fixé l’objectif à long terme des 3 kilomètres pour ajuster mon rythme. » Et la fonction exécutive « planification à long terme » pourra ainsi être identifiée par un mot précis et réutilisée dans d’autres contextes, comme la réalisation d’un devoir ou d’un exposé.

Ce type d’accompagnement dit métacognitif implique une compréhension fine du « comment », qui étend aux gestes mentaux une forme d’apprentissage déjà à l’œuvre pour apprendre des procédures corporelles : par exemple, un enfant qui apprend à nager le crawl com- bine des gestes qu’il connaît déjà dans d’autres activités. Sur un plan cognitif, le « geste » qui bloque peut être travaillé dans différents contextes, jusqu’à ce qu’il devienne naturel.

 

… ET DE TROUVER UN BON VOCABULAIRE

Cette compréhension de son propre fonctionnement mental passe par la mise en place d’un vocabulaire commun entre l’enfant et l’enseignant pour désigner et reconnaître des processus mentaux bien précis, qui paraissent d’abord mystérieux parce qu’ils ne sont pas « visibles » de l’extérieur, mais qui n’en sont pas moins très concrets. Ainsi, la conversion d’un mot ou d’une phrase que l’on entend («le renard sortit de la forêt ») en une image mentale reprenant la situation décrite est une forme d’action très précise que l’enfant peut apprendre à réaliser et qui l’aidera à comprendre une histoire et la raconter ensuite. Un terme commun et bien compris pour désigner cette conversion (l’enseignant peut proposer quelque chose comme « le cinéma intérieur ») permet à l’enseignant et l’enfant de comprendre ensemble que si ce dernier n’a pas retenu l’histoire, c’est peut-être qu’il n’a pas mis en jeu cette action, et qu’il pourra donc veiller à ce point particulier lors de la prochaine histoire pour juger si, oui ou non, cette action est utile. Toutefois, ce type d’interaction avec l’enfant n’est possible qu’avec des enseignants et des formateurs ayant eux-mêmes acquis une culture métacognitive, et l’un des grands apports des neurosciences cognitives dans le domaine de l’éducation sera sans doute de leur apporter cette culture.

Et pour finir, puisque les fonctions exécutives siègent en grande partie dans le cortex préfrontal que l’on sait très sensible aux déséquilibres chimiques, rappelons cette règle de bon sens à propos de deux états qui justement, bousculent ces équilibres : pas d’apprentissage chez un enfant qui est stressé, ou fatigué. Rien de mieux qu’un élève bien reposé dans un milieu bienveillant !

 

Sur le Web

L’outil en ligne recommandé par Adele Diamond et Daphné Ling, pour les enseignants et pédagogues : https ://toolsofthemind. org

 

Bibliographie

A. Diamond et D. S. Ling, Conclusions about interventions, programs, and approaches for improving executive functions that appear justified and those that, despite much hype, do not, Developmental Cognitive Neuroscience, vol. 18, pp. 34-48, 2016.

T. E. Moffitt et al., A gradient of childhood self-control predicts health, wealth, and public safety, Proc. Nat. Acad. Sci. USA, vol. 108, pp. 2693-2698, 2011.

Le socle des relation au sein du couple: Notre façon d’interagir en couple est en partie déterminée par les rapports d’attachement que nous avons eus avec nos parents, et qui ont façonné le « modèle interne » de nos relations avec autrui.

Le socle des relations au sein du couple

par Kirsten von Sydow (Cerveau & Psycho août 2014)

Estime de soi : «Notre corps, un terrain de bataille contre nos émotions» par Pascale Senk 

Estime de soi : «Notre corps, un terrain de bataille contre nos émotions»

Estime de soi : «Notre corps, un terrain de bataille contre nos émotions»

INTERVIEW – Pour le Dr Jean-Christophe Seznec, l’image de soi est source de souffrance, de croyances erronées parce que nous cherchons sans cesse à nous rassurer.

LE FIGARO – Pourquoi la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, et notamment avec notre image, est-elle si complexe?

Dr Jean-Christophe Seznec – Rien n’oblige à ce que cette relation soit difficile. En ce sens, j’aime beaucoup le travail psychothérapeutique lié au clown: voilà un personnage bien dans son corps, en accord avec son apparence car il accepte tout ce qu’il est. Mais pour beaucoup, en effet, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes est source de souffrance, de comportements inadaptés et de croyances erronées – ce qu’on appelle la distorsion cognitive – du type «je suis trop petit», «trop gros», «trop timide»… En réalité, ce malaise naît d’une mauvaise gestion de l’angoisse existentielle qui nous taraude: nous ne saurons jamais ce que pense l’autre de nous et nous cherchons donc sans cesse à nous rassurer. Il s’agit donc d’apprendre à vivre avec cette incertitude: notre incapacité à savoir comment l’autre nous perçoit. Car lui-même le fait à travers les lunettes déformantes de sa problématique existentielle, sur laquelle nous n’avons aucune influence.

Cette «lutte» contre nous-mêmes, dont l’un de vos livres parle, quelles formes prend-elle?

Notre corps peut devenir un terrain de bataille contre nos émotions et nos angoisses existentielles. Nous utilisons à tort la nourriture, la boisson ou la cigarette pour nous apaiser, nous remplir, nous réconforter. Nous nous arrachons parfois les cheveux à en devenir chauves (trichotillomanie), nous rongeons les ongles, nous trifouillons la peau jusqu’à nous faire des cicatrices (dermatillomanie)… Nous en venons à croire qu’en transformant notre image par la chirurgie esthétique, les régimes, le sport ou les tatouages nous seront plus heureux. Mais, en fin de compte, tous ces comportements de lutte nous enferment et appauvrissent notre périmètre de vie.

Quel est le rôle du contexte sociétal quant à ce malaise?

Le marketing nous laisse croire qu’en contrôlant notre image ou notre poids nous nous aimerons davantage, parce que cela nourrit essentiellement notre dépendance à la consommation. J’étais récemment dans une fête de village au fin fond de la campagne. Aucun habitant ne répondait aux canons habituels de la beauté. Ils étaient tous attifés «à leur façon», avec des physiques opulents si faciles à juger. Cependant, tous semblaient heureux d’être ensemble et chacun semblait s’accepter. Je me suis dit qu’ils rayonnaient parce qu’ils osaient être eux-mêmes et, pleinement engagés dans la vie, ne se posaient pas de questions.

Comment changer le regard que nous portons sur nous-mêmes?

En se laissant moins happer par les «pensées-hameçons» qui nous éloignent de notre ressenti corporel, on découvre peu à peu que notre cerveau émotionnel déforme totalement la manière dont nous nous voyons et dont nous voyons les autres! Si l’on vous incite à vous concentrer sur les oreilles des gens dans le métro, vous ne verrez plus que ça, et vous les grossirez! De même si l’on vous incite à vous concentrer sur leurs défauts. Nous portons des lunettes émotionnelles qui déforment la vision en 2D que nous avons de nous dans les miroirs alors que, dans la vraie vie, nous sommes en 4D. Seule la prise de conscience de ce mécanisme nous sauvera du désamour de nous-mêmes.

«C’est à nous seuls de nous regarder avec amour et bienveillance.»

Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre

Et comment s’aimer davantage, dans son entièreté?

Notre équilibre s’atteint lorsque nous établissons un bon dialogue entre nos pensées, nos émotions et nos comportements et que nous évitons ainsi des réactions absurdes. Je dis souvent à mes patients que la vie, c’est comme un match de foot: si on veut y participer, mieux vaut être sur le terrain plutôt que, planté sur les gradins, à commenter sans cesse le jeu. S’aimer demande à s’engager pleinement dans la vie plutôt que de se juger. En outre, être libre, c’est être seul. Il n’y a que nous qui puissions nous abreuver de cet amour dont nous avons tous besoin. Personne ne peut le faire à notre place. Être adulte, ce n’est pas rester comme l’enfant qui a besoin que ses parents ou tout adulte référent (institutrice…) l’arrosent de cet amour nécessaire pour l’aider à grandir. Ce type d’amour fonctionne de moins en moins quand nous grandissons. Nous devons donc, pour ne pas le rechercher à peine perdue dans le regard d’autrui, faire le deuil de ce besoin d’amour qui, de plus, ne sera jamais complètement satisfait. C’est à nous seuls de nous regarder avec amour et bienveillance.

Qu’est-ce qui permet de «plonger» dans la vie comme vous le suggérez?

Apprendre à s’accueillir, à respirer, à sourire à ce que l’on est et à ce que l’on ressent. C’est pour cela que je recommande particulièrement des techniques de relaxation pour se réconcilier avec soi. Chacun de nous doit faire avec ce corps qu’il est comme avec un instrument de musique: flûte traversière ou contrebasse, il nous faut apprendre à en jouer, pour le faire résonner au mieux et laisser diffuser son énergie singulière. Nous avons tous une merveilleuse musique à émettre! Pour apprendre ainsi à bien en jouer, il nous faut plonger pleinement en ce corps-instrument, et pas nous contenter de le juger ou de le jauger.

Le sport permet-il cela?

Je dis souvent que le sport, c’est comme un marteau: bien utilisé, il est indispensable ; mal réglé, il fait des dégâts, peut générer des excès, de l’anorexie mentale…On n’apprend pas à s’aimer en «faisant» uniquement, ou en ne suivant que des objectifs, comme c’est le cas de certains sportifs. Car, quand ils arrêtent, certains s’effondrent. Le risque est d’utiliser le sport comme un pansement sur la fameuse angoisse existentielle que nous avons tous à traiter et qui ressurgira dès qu’on cessera la pratique.

Mais l’on se sent mieux avec soi-même et plus en accord avec son image quand on fait du sport, non?

Certes. Le sport a des effets anxiolytiques et antidépresseurs. La sociologue Marie Choquet a d’ailleurs montré que, pratiqué moins de huit heures par semaine, il avait de nombreuses vertus. Mais surtout, il convient de savoir pourquoi on le pratique. S’il s’agit de prendre soin de soi, oui, le sport est un allié. On peut aussi pratiquer d’autres activités en ce sens: multiplier les occasions de chanter, de marcher… Alors, plus on est dans la vie, plus on s’aime car s’aimer, c’est aussi se laisser ressentir!